Article de Jean-Yves Naourès paru dans le bulletin d’information de la Société des Membres de la Légion d’Honneur des Côtes d’Armor dont Lysiane André, Présidente de Terre des Hommes France, est membre. 

Le 13 février dernier, notre sociétaire Lysiane André, présidente de Terre des Hommes-France, organisait une soirée film-débat, au cinéma des Baladins à Lannion, en présence d’une petite centaine de personnes, dont une dizaine de sociétaires en famille du comité trégorois de la SMLH.
Le thème retenu était la lutte pour le droit du travail et syndical des femmes au Bangladesh. Pour illustrer ce propos, Les Baladins projetaient le film, en version originale, « Made in Bangladesh » réalisé par Rubaiyat Hossain, avec Shahana Goswami et Shatabdi Wadud (qui était sorti dans les salles en décembre 2019).
Le sujet : de nos jours dans ce pays en voie de développement, de nombreuses entreprises de textile exploitent la pauvreté de sa population pour répondre à des commandes des pays développés à des prix défiant toute concurrence.

Une jeune femme, qui travaille dans ce type d’entreprise à Dacca, capitale de ce pays situé à l’est de l’Inde et dans le golfe du Bengale, décide de créer un syndicat de travailleuses, devant les conditions de travail de plus en plus déplorables et contraintes, dans un contexte professionnel, sociétal et familial défavorable. Grace à son courage et sa témérité, elle arrivera au bout de son projet.

Le débat qui a suivi a permis d’entendre les témoignages de certaines personnes qui ont fait part de leur expérience et des questions opportunes et pertinentes des spectateurs qui ont été alertés par ce film prenant.

Pour autant, ce film met le doigt sur les difficultés des relations commerciales d’une part, entre les pays occidentaux et les pays en voie de développement et d’autre part, le devoir d’ingérence humanitaire des ONG au chevet des populations en difficulté.
Ce film montre également le contexte culturel et cultuel tellement éloigné du mode de vie occidental. En vérité, il s’agit pourtant bien du mode de vie des occidentaux qui occasionne cette situation et qui a une répercussion sur l’industrie de ces pays du proche et extrême orient.

Le droit du travail, au Bangladesh, n’est toujours pas garanti. En corolaire, le droit syndical n’y est pas développé.

Il ne faut pas oublier les malheurs qui ont touché ces industries. Le 24 avril 2013, plus d’un millier d’ouvriers ont péri dans l’effondrement d’un bâtiment de 8 étages d’un centre commercial à Savar, non loin de Dacca. L’immeuble abritait cinq usines de confection qui employait plus de 5.000 personnes. Ces ateliers fournissaient de grands détaillants mondiaux, comme Mango, Primark (société irlandaise d’habillement à bas prix), Loblaws (Canada), Ether, TexLtd (qui fournit Walmart et C&A) et tant d’autres grands de la distribution européenne. D’autres accidents ont eu lieu ailleurs dont notamment à Karachi en 2012. Un incendie avait fait plus d’une centaine de victimes dans un bâtiment de confection qui assurait des prestations au profit des marques et distributeurs européens.
Dans ces pays, l’industrie, avec le soutien des gouvernements, encourage l’absence de syndicats et promeut les comités de participation, qui n’ont le pouvoir que de négocier les modalités d’embauche et qui sont souvent dirigés par des représentants choisis par les directions.

Il conviendra donc de reconnaître qu’en Europe et en France, plus particulièrement, le droit du travail, tant décrié par nos syndicats corporatifs est loin d’être du niveau de celui réservé aux ouvriers bengalis. Plus que le droit du travail, c’est le droit tout court de ces citoyens qui est en danger.
Sept mille personnes ont été licenciés suite à une série de grèves décrétée dans les usines de confection pour protester contre les bas salaires. Une trentaine de plaintes ont été déposées contre les travailleurs.

Le combat mené par les travailleurs bengalis est bien loin de voir une issue idéalement favorable. D’autant que les marques de textiles occidentales s’éloignent d’emblée de cette zone qui peut leur créer des ennuis au profit d’autres en Afrique dans des usines contrôlées par des industriels chinois, bien plus « intéressantes » car à des couts de production encore inférieurs !!