Massimo Sestini, Zenit

Samedi, 132 personnes embarquent à bord d’un canot pneumatique à destination des côtes italiennes. Rapidement, le canot commence à se dégonfler, prenant au piège les hommes, femmes et enfants à bord, avant de sombrer totalement au large des côtes libyennes. Une cinquantaine de personnes seront secourues par un navire commercial. Au moins 80 personnes sont portées disparues au large de la Libye.

80 espoirs d’une vie nouvelle qui – parce que beaucoup fuyaient l’horreur de la guerre et la misère – n’aurait dû être que meilleure. Un drame qui nous est devenu quotidien, et qui sera rapidement effacé par le suivant. Un drame qui doit pourtant être celui de trop.

Chaque année, le 9 mai, la journée de l’Europe célèbre la paix et l’unité en Europe. Pouvons-nous réellement fêter la paix et l’unité alors que la situation empire d’année en année ?

En 4 mois, on a déjà reporté 274 disparus en mer Méditerranée, dont un quart d’enfants, un chiffre probablement en deçà de la réalité. L’an passé, 362 400 migrants et réfugiés, un record, étaient parvenus en Europe via  la mer méditerranée. En quatre mois, environ 44 000 personnes sont arrivées en Europe par la mer en 2017, une augmentation de 30% par rapport à 2016.[1]

Cette tragédie est d’autant plus dramatique au regard de révélations montrant comment, en 2013, la marine italienne a refusé de secourir une embarcation transportant des réfugiés fuyant la Lybie, laissant 250 réfugiés – parmis lesquels 60 enfants – périr dans les eaux. Alors que les politiques laissent la responsabilité aux ONG de sauver des vies en Méditerranée, l’Europe doit exiger que l’Italie réponde de ce crime.

Un appel à la responsabilité des décideurs européens !

 

Au-delà des chiffres, cette situation doit pousser à agir, à faire appel à plus d’humanité et de bienveillance, parce que c’est notre devoir, et parce que personne n’est indifférent face à la perte de vies humaines.

Il est tout d’abord vital que nos responsables politiques sortent de la rhétorique sécuritaire lorsque des vies sont en jeu. L’élection du nouveau Président de la République face au Front National est un symbole face à la montée du repli identitaire, mais il faut aller plus loin. Un engagement fort et clair du nouveau gouvernement en matière de protection des réfugiés et migrants en méditerranée est un impératif.

La société civile est mobilisée

 

Les citoyens français et européens, les organisations et associations n’ont pas attendu les gouvernements pour avancer. Au-delà des mots, la société civile agit, à son échelle, au quotidien, mûe par toute l’énergie de la solidarité. Le collectif Sursaut-Citoyen recense par exemple plus de 1 000 initiatives citoyennes partout en France : hébergement de réfugiés, cours de français, soutien juridique… Ces actions démontrent un véritable engagement populaire face à la responsabilité qui nous incombe.

Terre des Hommes, quant à elle, continue son engagement à travers sa campagne internationale, Destination Inconnue, « pour faire pression et réclamer que la protection des réfugiés et migrants deviennent une priorité des décideurs européens, et que des outils juridiques soient mis en place ».  

Voir toutes les demandes de la campagne Destination Unknown

Pourtant ces initiatives ne sauraient suffire sans un soutien et un accompagnement politique. C’est pourquoi nous demandons au nouveau gouvernement et aux responsables européens de veiller à la protection des réfugiés et des migrants qui cherchent à rejoindre leur sol, de leur offrir un accueil digne, et de leur permettre de surmonter l’horreur de la guerre et la violence silencieuse et durable de la pauvreté.

[1] Organisation Internationale pour les Migrations – 5 mai 2017.