8ème Forum Social Pan Amazonien

 

A partir du 28 avril et jusqu’au 1er mai prochain se déroulera à Tarapoto au Pérou un évènement majeur pour tous les peuples amazoniens : le 8ème Forum Social Pan Amazonien (FOSPA 2017).

Il s’agit d’un véritable espace d’échange où vont se retrouver des milliers de mouvements sociaux, d’organisations, de leaders et de membres des communautés autochtones et paysannes, parmi lesquels nos partenaires péruviens FEDEPAZ et colombiens CIASE ainsi que les communautés qu’elles défendent. Venus de la côte, de la Sierra (chaîne montagneuse andine) ou de la jungle amazonienne, tous luttent pour une mondialisation alternative basée sur la justice sociale et environnementale.

L’Amazonie : un territoire vital en péril

 

C’est un évènement crucial, parce que l’Amazonie se trouve à un moment clé de son histoire : ce territoire grand comme l’Europe abrite 40 millions de personnes, c’est l’une des plus grandes réserves de biodiversité de la planète, et pourtant il n’a jamais été autant menacé. En Amazonie, 9 pays partagent des cultures, des ressources, des climats, mais aussi de graves menaces de destruction qui affectent toute l’humanité.

Elle se trouve en effet au cœur du système capitaliste. De grandes entreprises, souvent des multinationales, s’implantent au cœur de l’Amazonie, qu’elles voient comme un véritable El Dorado et y instaurent une nouvelle forme de colonialisme : l’extractivisme. Cela passe par l’exploration, l’expropriation, l’exploitation et l’exportation des ressources naturelles, pourtant à la base de la survie des communautés paysannes et autochtones qui l’occupent depuis des siècles.

Barrages hydro-électriques, autoroutes, grands projets miniers, agriculture intensive basée sur la monoculture… Les projets et mégaprojets se multiplient, souvent en violant les droits territoriaux des peuples natifs : les communautés voient leurs terres détruites ou leurs sources de survie rendues inexploitables, ce qui met en péril leur sécurité et leur souveraineté alimentaire. Dans d’autres cas, les communautés sont dépossédées de leurs terres et relogées dans des territoires qui les forcent à rompre avec leurs modes de vie traditionnels.

 

« Un territoire de luttes et de résistances »

 

Face à cela, les peuples d’Amazonie résistent héroïquement et défendent leur droit à décider par eux-mêmes. Pourtant, dès lors que les communautés s’organisent, pour faire valoir leurs droits ou réclamer la protection de leur territoire, les gouvernements n’hésitent pas à les faire taire, en incriminant injustement des leaders ou en engageant des procès dans des villes lointaines. Les cas d’assassinats, de tortures ou de disparitions des contestataires sont également toujours plus nombreux.

L’Amazonie est ainsi devenue, selon les organisateurs du Forum, un « territoire nodal de luttes et de résistances ». Luttes pour que les modes de vie et les cultures des communautés autochtones et paysannes ne se perdent pas, résistances face à des mégaprojets et leurs conséquences désastreuses pour leur environnement.

 

S’unir pour être écoutés

 

C’est dans ce contexte que se tiendra le 8ème Forum Social Pan Amazonien, autour de problématiques définies :

→ L’expropriation de terres et de ressources par des entreprises avec l’aval du gouvernement ;

→  La contamination des fleuves, de la forêt, des sols, et ses effets nocifs sur la santé des peuples ;

→  La diffusion de la violence liée à des activités extractives : pauvreté, prostitution, traite d’êtres humains, meurtres commandités, maladies, etc. ;

→  Les violences à l’encontre les femmes, des enfants et des adolescents ;

→  La criminalisation des défenseurs de droits collectifs et des droits des premiers peuples.

Au travers de ces thématiques, l’objectif global est tout d’abord de mobiliser la population affectée par les destructions de leur environnement pour mieux évaluer les contextes, trouver de nouvelles formes de résistance, et s’unir pour porter plus haut ce message d’opposition.

Pour préparer le FOSPA, plusieurs évènements préparatoires ont déjà eu lieu avec un objectif : rendre le plus justement possible les revendications des premiers peuples lors du Forum. Un manifeste va ainsi être rédigé qui servira de base aux discussions. De plus, les diverses organisations se sont engagées à accompagner les peuples de la région et à permettre que leurs voix soient entendues.

Dans ce cadre, plusieurs campagnes ont été lancées : « L’Appel de la Forêt » (« Llamado del Bosque ») lancée sur les réseaux sociaux et des radios locales avec l’objectif de mobiliser et de sensibiliser les citoyens face à l’urgence environnementale. Plusieurs évènements sont organisés le 22 avril, Journée internationale de la Terre, avec par exemple la réalisation de « grafichangas » (fresques humoristiques), permettant aux plus jeunes de s’exprimer et extérioriser ainsi leurs craintes et aspirations.

 

Cette campagne culminera avec un évènement pré-inaugural le 26 avril à Bagua, lieu symbolique puisqu’il fut le théâtre du Baguazo : en 2009, 33 personnes s’opposant à des projets d’extraction minière et pétrolière y furent massacrées par la police. Bagua est dès lors devenue un symbole des menaces qui pèsent sur les communautés autochtones et de la puissance impitoyable des multinationales quand elles disposent de l’appui du gouvernement. De Bagua partiront ensuite tous les mouvements pour rejoindre Tarapoto, où se déroulera le Forum pendant trois jours.

 

De attentes fortes de nos partenaires 

 

Plusieurs de nos partenaires associatifs locaux vont y participer. FEDEPAZ tout d’abord, organisation péruvienne qui lutte pour l’émancipation et la défense des droits des populations autochtones et andines. Lors de la semaine d’échange d’expérience avec nos partenaires, Rosa María Quedena, avocate de FEDEPAZ, nous a fait part de l’importance du Forum Social Pan Amazonien pour son organisation et les communautés qu’elle défend :

« Nous espérons un échange important, très riche, qui permette d’arriver à des points d’accords sur ces thématiques si importantes en matière de droits des femmes autochtones, de souveraineté alimentaire, des impacts d’activités extractives… Nous espérons arriver à des conclusions applicables au niveau de nos États pour que soient enfin reconnus les revendications et les droits de nos peuples. »

FEDEPAZ sera accompagnée de trois leaders importants du peuple Awajún de Cajamarca : « Nous serons présent au forum, mais nous recherchons surtout que la population autochtone, ses dirigeants et ses membres, puissent participer. Le Forum est dirigé vers eux, ce sont eux qui vont présenter les enjeux des communautés. »

Autre partenaire présent : CIASE, organisation féministe mixte de Colombie qui lutte pour la pleine application des droits humains, notamment des femmes du peuple Sikuani. Angel Gamboa, directeur des projets de CIASE, était présent à la semaine d’échange d’expérience des partenaires de Terre des Hommes France. Nous en avons profité pour lui demander de nous parler de l’importance du FOSPA :

« Le FOSPA portera sur la construction de dialogues entre peuples autochtones et des mécanismes de protection dont a besoin l’Amazonie. Nous souhaitons que les femmes du peuple Sikuani puissent participer. Nous allons donc être présents, mais les voix qui seront entendues seront les voix de ces femmes pour présenter les difficultés, les problématiques mais également les solutions qui se construisent dans ces communautés. »

Ainsi, si la situation est plus que jamais critique pour l’Amazonie et les peuples qui y vivent, le 8ème Forum Social Pan Amazonien constitue une véritable opportunité pour les organisations, les mouvements sociaux et les peuples autochtones et andins de s’unir, de se mobiliser, et de penser un modèle de développement alternatif pour que survive et s’épanouisse la diversité culturelle ancestrale en Amazonie.

Plus d’informations sur le site internet du Forum Social Pan Amazonien

Crédits photos : FOSPA2017