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L’association camerounaise ASSOAL a lancé un nouveau programme en faveur des droits économiques, sociaux et culturels (DESC) dans certaines communes de la capitale, Yaoundé. ASSOAL veut aider les citoyens des quartiers défavorisés à promouvoir leurs droits et participer aux politiques publiques qui vont améliorer leurs conditions de vie.

Un pays marqué par les contradictions

Comme la plupart de ses voisins africains, le Cameroun est un pays riche mais la corruption y est très forte et la majorité de la population reste en situation de grande pauvreté. Abondamment pourvu en matières premières avec des terres très fertiles, des gisements miniers (bauxite, fer, or, etc.), du pétrole et bien d’autres ressources naturelles, c’est sans doute l’un des pays les plus dynamiques d’Afrique centrale. Le contraste est saisissant lorsqu’il s’agit d’aborder la situation économique et sociale des Camerounais. En effet, la précarité touche environ 40 % d’entre eux et à titre d’exemple : 46 % n’ont pas accès à l’eau potable dans les centres urbains, 70 % en zone rurale. En février 2008, la hausse du prix du carburant et la cherté de la vie avaient entraîné des révoltes dans tout le pays. À l’époque, les autorités avaient, violemment, réprimé le mouvement, faisant une centaine de morts.

Aujourd’hui, les tensions sont encore palpables et les inégalités vont en s’aggravant. L’insécurité est générale et les actes de banditisme se multiplient. Si la population est plutôt bien formée (taux d’alphabétisation entre 70 et 80 %), le chômage touche près de 10 millions de personnes, selon le dernier rapport de l’Institut National de la Statistique (INS) du Cameroun.

ASSOAL ou Les Amoureux du Livre

L’histoire d’ASSOAL, association fondée en 1997 par une poignée d’étudiants, a débuté dans les bibliothèques de l’ouest du Cameroun. Reconnue officiellement en 2000 sous le nom plutôt romantique d’Association des Amoureux du Livre, elle avait pour activité principale la promotion de la lecture et de l’éducation dans les quartiers populaires de Yaoundé. C’est aussi à partir de cette période qu’elle commence à s’intéresser aux questions de développement en menant des activités d’accompagnement des organisations de base à Yaoundé. Autre tournant majeur, ASSOAL participe au programme international d’échange d’expériences organisé par Terre des Hommes France en 2008, 2009 et 2010. La rencontre avec d’autres acteurs agissant pour la promotion et la défense des droits humains, et plus particulièrement des droits économiques, sociaux et culturels, lui fait prendre conscience que, sans le dire, l’association mettait déjà en œuvre l’approche du développement par les droits : sensibiliser et former les citoyens pour qu’ils soient ensuite capables de revendiquer leurs droits à vivre dignes et d’interpeller les autorités pour qu’elles prennent leurs responsabilités à ce niveau. Conforté par cette expérience, ASSOAL renforce ses actions de terrain et en parallèle crée, dès 2009, un réseau d’associations pour favoriser les échanges et les actions collectives pour la promotion et la défense des droits économiques, sociaux et culturels, qui constitue la Plateforme DESC Cameroun.

Des citoyens acteurs clés des politiques publiques

Sur le terrain, le constat est indéniable : manque d’accès à l’eau, aux soins, à l’éducation, à un logement décent… Peu (ou pas) de programmes politiques sont mis en place pour répondre aux besoins primordiaux de la population. En se fondant sur l’expérience préalable d’ASSOAL, les bases d’un projet novateur sont lancées : faire participer tous les citoyens à la définition de leurs besoins essentiels et les accompagner pour que ceux-ci se traduisent, en collaboration avec les pouvoirs publics, en politiques de développement local centré sur les besoins économiques et sociaux.

Pour accroître la participation citoyenne et améliorer la gouvernance municipale, ASSOAL se fixe plusieurs objectifs :

⇒ faire en sorte que les habitants s’informent lors d’universités populaires et puissent exprimer leurs besoins ;

⇒ élaborer avec les élus des plans de développement prenant en compte les attentes des citoyens ;

⇒ proposer des sessions publiques où le budget communal sera défini collectivement et qui permettront la réalisation de projets au service de tous ;

⇒ accompagner les citoyens qui organisent des actions d’évaluation des politiques publiques.

Pour la maire de la commune d’arrondissement de Yaoundé 5, l’intérêt de la démarche ne fait pas de doute :
Avant nous montions des projets peu adaptés aux besoins des gens. Aujourd’hui, la mairie travaille avec 22 comités locaux de développement, composés d’habitants des quartiers. Nous budgétisons ensemble les besoins et la mairie essaye d’y répondre. À ce jour, l’installation de plus de 300 lampadaires est prévue pour sécuriser la vie des citoyens dans les quartiers et prochainement nous allons nous pencher sur l’aménagement de points d’eau potable là où il n’y en a pas.

Pour découvrir plus de détails sur le projet mené en partenariat avec ASSOAL : Cameroun, favoriser la participation citoyenne