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« C’est un processus au cours duquel les habitants d’une ville vont décider d’une partie ou de l’ensemble des ressources publiques », explique Yves Cabannes, ancien coordinateur du Programme de gestion urbaine des Nations unies. « Ils vont prioriser des actions qui seront ensuite exécutées par les pouvoirs publics. »

1989, Porto Alegre au Brésil : 

Le Budget Participatif (BP) fait ses premiers pas. Le leitmotiv d’un de ses initiateurs, le maire Olivio Dutra, est « On veut améliorer vos conditions de vie mais on le fera avec vous. C’est vous qui nous direz ce que vous voulez ». Depuis, de nombreuses villes dans plusieurs pays (Pérou, Italie, Royaume-Uni, France, Chine, par exemple) se sont appropriées l’exercice. Selon la Banque mondiale citée par Le Monde, « Au total, 1 500 municipalités, gouvernements ou institutions auraient testé ce processus »¹.

En Afrique, le BP apparaît au début des années 2000. Le Cameroun en est l’un des précurseurs. En 2001, une cinquantaine de villes du pays se manifeste en faveur de cet outil de programmation et de gestion budgétaire reposant sur la démocratie directe, volontaire et universelle ; elles sont une centaine en 2014. De plus en plus de citoyens camerounais ont ainsi l’occasion de débattre et décider de l’allocation des ressources publiques, de faire une priorisation des différentes politiques sociales des collectivités locales et de contrôler l’exécution des dépenses. Les actions menées par les institutions sont désormais plus conformes aux besoins et préoccupations des populations.

En effet, selon l’ONG camerounaise ASSOAL, partenaire de Terre des Hommes France, qui appuie les communes² de Yaoundé 1er et Yaoundé 5e dans la mise en œuvre du cycle du budget participatif, quelques-uns des avantages de celui-ci sont pour les citoyens : « l’augmentation de la sensibilité des budgets aux besoins de développement local : croissance du taux d’investissement dans les secteurs sociaux », « l’augmentation de la transparence budgétaire » et pour les communes une « augmentation des recettes fiscales consécutive à la création du climat de confiance, au respect des normes, au contrôle citoyen et à la réduction de la corruption » ainsi qu’une « meilleure appropriation des principes et règles des finances publiques par les élus locaux »³. De fait, de la phase préliminaire au suivi-évaluation des projets financés, l’ONG accompagne responsables politiques et populations urbaines dans un processus devant permettre d’améliorer l’accès de tous aux services sociaux de base.

Comment ASSOAL réalise-t-elle le BP ?

En prélude au cycle qui va s’étendre sur plusieurs mois, elle aide à la création des Comités d’Animation et de Développement (CAD). Ceux-ci, regroupant les habitants d’un même quartier, ont pour mission de sensibiliser la population au BP puis de participer au suivi de sa mise en œuvre. À Yaoundé 1er par exemple, 600 CAD ont été créés pour les 62 quartiers que compte la commune. Une fois ces structures en place, la première phase du cycle peut commencer au cours de laquelle la mairie va convoquer une réunion d’orientation budgétaire pour déterminer le montant alloué au BP et des forums de quartiers seront organisés pour identifier et prioriser les problèmes de la localité et définir les actions à mener pour les résoudre. ASSOAL intervient également à ces niveaux : de février à mai 2015, dans la commune de Yaoundé 5e notamment, 38 à 42 forums ont eu lieu avec l’appui logistique de l’association. Cette étape se clôture par l’organisation et l’animation de l’assemblée communale du BP durant laquelle les citoyens, la société civile, les ONG, les conseillers municipaux votent les priorités identifiées dans les différents forums. La seconde phase du cycle du BP peut ensuite être enclenchée.

Parmi différentes étapes, la réunion de lancement de celle d’exécution du budget vise à élaborer les stratégies de mobilisation des ressources et préparer le calendrier de mise en œuvre des priorités. Les recettes de la collectivité sont ensuite recouvrées et les dépenses effectuées par les services techniques. ASSOAL intervient ici à la fois pour appuyer la rédaction du Plan Communal de Développement (PCD) et pour accompagner les citoyens dans le suivi-évaluation participatif de la mise en œuvre des projets. Depuis le début de la collaboration avec Yaoundé 1er en 2014, par exemple, 20/35 points d’eau ont été réalisés, qu’il s’agisse de fontaines manuelles, de sources aménagées ou de la construction d’un château d’eau avec système de filtrage et pompage par énergie solaire.

À long terme, ASSOAL souhaiterait étendre l’expérience du budget participatif à 18 autres communes de deux régions du Cameroun : le Centre et le Littoral.


¹ « Le budget participatif, nouvelle tendance des villes du monde », Le Monde.fr, 03 juillet 2014

² Yaoundé, la capitale politique du Cameroun, est divisée en sept communes d’arrondissement.

³ Manuel du Budget participatif au Cameroun : concepts, méthodes et outils pour suivre la décentralisation et améliorer la gouvernance locale, ASSOAL, mai 2014