img_2810-copie

Récemment qualifiée de « nouvelle capitale de la terreur », la ville de Buenaventura est aujourd’hui considérée comme une des villes les plus dangereuses de Colombie dans laquelle la population civile est prise en otage des groupes armés, dans un contexte socio-politique très complexe qui engendre tout un ensemble de violence. Dans ce contexte, les femmes et les enfants sont en première ligne et sont victimes de nombreuses violences physiques, sexuelles, et psychologiques.

Terre des Hommes France travaille depuis 2014 en partenariat avec l’association colombienne Taller Abierto pour lutter contre les violences faîtes aux femmes. Pour bien comprendre ce projet, il faut tout d’abord se plonger au cœur de l’échiquier stratégique de Buenaventura ou divers acteurs licites et illicites s’adonnent au jeu de la mort pour gagner leur part du butin. Dans ce jeu, les populations civiles ne représentent que des pions qui peuvent être contrôlés, déplacés ou sacrifiés.

Buenaventura, une partie d’échec qui se joue dans le sang …

Buenaventura, c’est la plus grande ville de la la région du pacifique colombien et le port principal de toute la côte ouest pacifique. Il représente 67% du volume commercial de tous le pays. De plus, la région possède de nombreuses richesses naturelles : mines d’or, sources d’eau potables, productions de café et une importante biodiversité. On comprend alors l’importance économique que peut représenter le contrôle stratégique de la ville. Pourtant, pendant de nombreuses années, cette région a été totalement oubliée par l’Etat, laissant la population – à 98% afro-colombienne – sans grandes possibilités de développement et à la merci des affrontements armés avec la guerilla avec les FARC-EP durant les années 1990.

Suite à ces conflits, depuis les années 2000 des groupes paramilitaires ont repris le contrôle de la ville et, attirés par les intérêts économiques à saisir, ont commencé à imposer leurs lois par l’instauration d’une extrême violence. Malgré la démobilisation de ces groupes paramilitaires par l’ex-président Uribe en 2005, ils ont continué à garder le contrôle de certains quartiers et se font maintenant appeler BACRIM (contraction de Bandes Criminelles). Elles font régner la terreur pour mieux mener des trafics de drogues, notamment de cocaïne, avec les narcotrafiquants, selon une étude réalisée par l’association nationale des industrielles (ANDI). De plus, cette étude affirme que le niveau d’impunité des crimes perpétrés depuis les années 2000, et qui ont augmenté en 2013 et 2014, révèle des liens de corruption flagrants avec les institutions publiques et policières qui y trouvent leurs intérêts. Ces intérêts se placent principalement dans la réalisation de mégaprojets (le port d’Aguadulce et le Malecon Bahia de la Cruz) de développement urbain qui provoque de nombreux déplacements forcés des populations afro-colombiennes de leurs territoires ancestraux. Les derniers registres officiels disponibles affirment que plus de 100 000 résidents ont été déplacés entre 2011 et 2014.

Ainsi, dans ce contexte complexe où bandes criminelles, narcotrafiquants, politiques corrompus et industriels se disputent le contrôle et le développement de la ville, les femmes sont les premières à subir la terrible loi de la violence : homicides, abus sexuels, viols collectifs, prostitution forcée, marquages physiques, humiliations publiques, grossesses non désirées des mineures, esclavagisme, agression pour appartenance aux organismes de défense de droits humains, déplacements forcés, etc. Entre janvier et mars 2015, 17 femmes ont été assassinées et 14 personnes démembrées dans des « casas de Pique », des maisons occupées dans les quartiers civils pour entretenir la peur et théâtre d’assassinats, tortures, démembrements, etc …

Selon l’avocate de Taller Abierto : « Buenaventura est en train de vivre une époque transcendantale et c’est maintenant que nous devons agir. Nous avons besoins de nouveaux leaders et nous avons surtout besoin que les femmes soient intégrées dans les processus de décision politique. Dans tout cela, il y a quand même de l’Espérance. Nous sommes convaincus que l’émancipation par les droits est le bon chemin à suivre pour changer les choses ».

Taller Abierto, source d’espoir pour les femmes de Buenaventura.

Terre des Hommes France est en partenariat depuis juin 2014 avec l’association colombienne Taller Abierto pour lutter contre la violence faites aux femmes dans la ville de Buenaventura. Ce projet vise à l’appui juridique et psychologique aux femmes, victimes de nombreuses violences. Présente au quotidien dans la ville de Buenaventura, l’équipe composée d’une avocate, d’une psychologue et d’une travailleuse sociale, effectue un travail de proximité en accompagnant ces femmes pour qu’elles puissent se défendre contre la violence dont elles sont victimes et diffuser leurs connaissances dans leurs communautés. Depuis juin 2014, plus de 200 femmes ont été soutenues.

Terre des Hommes France s’est rendu plusieurs fois à Buenaventura pour coordonner sur place le projet mené par Taller Abierto et pour rencontrer les femmes qui bénéficient du programme. Après avoir entendu les témoignages de plusieurs de ces femmes, nous avons pu constater et ressentir la violence extrême dont elles sont victimes au quotidien, mais aussi du courage et de la détermination dont elles font preuve pour revendiquer leurs droits dans ce contexte d’insécurité permanent. Elles s’opposent également au recrutement de leurs enfants par les bandes armées, et s’engagent personnellement pour changer ce système en place depuis plus de 10 ans sans que les autorités, la police ou l’armée n’arrivent à l’enrayer.

La Colombie commence à devenir une destination touristique de plus en plus à la mode, mais malheureusement il n’y a que très peu de visibilité internationale sur ce qu’il se passe à Buenaventura. Ainsi, certaines femmes du programme ont le désir et l’espoir que la communauté internationale s’intéresse beaucoup plus à elles, réagisse et fasse pression pour s’opposer au système en place.

Terre des Hommes France soutient les femmes de Buenaventura, et avec d’autres réseaux d’associations comme le Grupo Sur, nous dénonçons les violences contre les femmes en Amérique Latine mais aussi en Europe. Nous allons continuer à soutenir Taller Abierto dans son travail de terrain et continuer à alerter l’opinion internationale sur la situation à Buenaventura.

C’est grâce à votre soutien que nous pouvons continuer à agir. Merci !