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Les enfants en contexte migratoire ont besoin d’une protection transnationale coordonnée

Le 3 mars 2016 en France, dans la « jungle » de Calais, le camp de fortune est démantelé par les forces de police. À partir des chiffres fournis par les autorités locales, les médias français rapportent qu’au moins 326 mineurs non accompagnés y sont encore. Les journalistes estiment que ce nombre est en dessous de la réalité car il y a aussi des enfants non enregistrés. Tous y vivent dans des conditions effroyables. Une majorité d’entre eux vient d’Afghanistan.

Un jeune garçon de 10 ans, de Mazar-i-Sharif, est bloqué dans ce camp depuis cinq mois déjà. Il essaie de rejoindre son oncle à Londres: « Il fait trop froid dans la jungle, il n’y a pas de gaz, pas d’électricité, il n’y a rien ici ! Tout pose problème. Mais je vais continuer d’essayer d’aller en Angleterre parce que ma famille est là-bas ».

Un autre mineur de 16 ans partage son abri de fortune avec cinq hommes adultes. Des agressions physiques se produisent tous les jours. Son père est mort il y a un an, parmi de nombreuses autres victimes d’une attaque suicide à Kaboul. L’adolescent a alors décidé de fuir l’Afghanistan pour rejoindre ses deux frères à Manchester. Il est bloqué à Calais depuis plusieurs mois.

« Si nous sortons de notre abri la nuit, beaucoup de gens nous maltraitent. Ils sont plus âgés et se déplacent par groupes comme des gangs. Ils essaient de nous voler de l’argent ou notre téléphone mobile … Si on n’a rien à donner, ils nous punissent. Nous ne disposons d’aucune aide ici, donc nous devons partir. »

Le lendemain du jour où ces témoignages ont été recueillis par la radio nationale française, François Hollande et David Cameron se sont rencontrés en France pour discuter non seulement du « Brexit » (possibilité d’un retrait britannique de l’Union européenne) mais aussi du sort de ces mineurs non accompagnés. Le Royaume-Uni donnera 22 millions d’euros supplémentaires pour soutenir les efforts français pour faire face à cette situation. Des décisions à court terme et la multiplication des déclarations dans les médias qui ne correspondent pas aux droits et besoins spécifiques des enfants en situation de migration. Les risques de mauvais traitements sont élevés. La semaine dernière, des travailleurs humanitaires ont affirmé que des enfants sont victimes de violences sexuelles dans le camp de Calais.

Les enfants en contexte migratoire ont besoin de plus qu’un toit

Tous ces enfants ont des droits, parmi lesquels celui de recevoir des soins spécifiques fournis par un personnel qualifié, capable de percevoir leurs routes migratoires et de les guider selon un cadre juridique clair. Les services nationaux de protection de l’enfance ne sont généralement pas conçus pour répondre aux situations spécifiques des ressortissants de pays tiers. Ils sont fournis dans des infrastructures fixes et peuvent rarement répondre aux multiples défis posés par la mobilité inhérente des enfants en contexte migratoire, la seule exception étant lorsque la migration arrive à son terme soit parce qu’ils ont atteint leur destination finale ou de transit de longue durée, dans des structures formelles ou informelles.

En situation de transit, les enfants en déplacement ont besoin de services d’accompagnement mobiles: logement, nourriture, hygiène, vêtements, moyen de transport … Mais aussi de moyens de communiquer avec leurs familles et parents restés dans le pays d’origine, en transit ou déjà arrivés dans le pays souhaité. Ils ont droit à des conseils individuels en dehors de tout jugement. Ils ont besoin d’une protection de base contre les multiples maux et risques qu’ils endurent pendant leur migration. Ils ont besoin d’être protégés contre les abus et
l’exploitation et doivent être accompagnés pour faire le bon choix au bon moment pour éviter d’autres ennuis. Les services sociaux doivent toujours rechercher avant tout l’intérêt de l’enfant en situation migratoire. Ce n’est que dans un deuxième temps que leur situation administrative devrait être considérée pour déterminer d’autres actions, des solutions durables, toujours en tenant compte des souhaits exprimés par l’enfant. Les enfants en déplacement ont parcouru des milliers de kilomètres et d’innombrables épreuves – y compris la détention – lorsqu’ils découvrent finalement les services sociaux. Ces services seront adaptés s’ils sont en adéquation avec ce que disent les enfants.

Lors de courts moments de transit, pendant lesquels les services ne peuvent pas être mis en œuvre correctement en raison du manque de temps, ces fournisseurs de services devraient tout faire pour s’assurer que d’autres services, publics ou privés, soient disponibles. La coopération nationale et transnationale devrait être conçue pour être au plus près des contextes migratoires, au delà des frontières, flexible et variable selon l’évolution des routes migratoires.

Ces dernières recommandations sur la capacité d’adaptation des services peuvent paraître irréalistes pour les décideurs. Mais la proportion de familles avec enfants et des mineurs non accompagnés ne cesse d’augmenter depuis la crise actuelle des migrants et des réfugiés en Europe.

Il est irréaliste de ne pas adapter les services actuels à la majorité des populations vulnérables en contexte migratoire. Ce n’est pas seulement une question de valeurs universelles et européennes, c’est tout simplement notre devoir.


Source : Fédération Internationale Terre des Hommes, campagne « Destination Inconnue »: http://destination-unknown.org/

Source photo: AP . L’ours en peluche d’un enfant gît abandonné dans la jungle de Calais tandis que les opérations d’évacuation du camp par les autorités françaises sont en cours.