L’histoire de chaque jeune migrant.e est personnelle, mais pour la grande majorité d’entre eux.elles on observe souvent la même situation très difficile et incertaine dans le pays d’accueil. On la ressent bien quand on veut les considérer avec attention ; s’ils.elles le disent aussi avec pudeur et réserve, on sait bien qu’il y a beaucoup de détresse dans ce qu’ils.elles expriment. Propos recueillis par Annie Poder et Hélène Marchand, délégation du Calvados.

Binto, jeune Guinéenne sait qu’elle ne peut retourner dans son pays : « Je vois demain comme un grand trou noir dans lequel je vais tomber pour toujours. »

Fayez est venu tout seul à 15 ans d’Afghanistan. Scolarisé, il dit sa solitude malgré cela : « Les amis c’est difficile d’en avoir. D’abord, je ne parle pas bien le français et puis je crois que l’on fait peur aux gens… »

Youssef est Soudanais. Il a une aide financière de 200 euros et un logement. Son regret : ne pas pouvoir aller en Angleterre, car, dit-il, « là-bas c’est plus facile de trouver un travail ; ici, je suis seul toute la journée dans ma chambre, c’est long ; on ne me propose pas de travail et je ne peux pas rester toujours sans rien faire. La France ne fait rien pour moi. »

Alima, Africaine, n’a d’autre occupation qu’un poste de télévision pour meubler ses journées : « Je n’ai rien à faire. Je ne connais personne ; et je ne sais pas sur quoi va déboucher mon avenir ici ; pour l’instant, j’ai 200 euros par d’aide par mois, mais après ? Ma famille, mes amis au pays me manquent beaucoup. Mais, là-bas on m’a mise en prison, mariée et prostituée de force, c’est pourquoi j’ai fui. »

Ahmed, venu de Syrie il y a plus d’un an, commence seulement à apprendre le français :  « C’est lent, et très compliqué. Écrire, aussi c’est difficile. Je crois que je n’y arriverai jamais. Alors, je reste avec les amis syriens. On ne connait pas de jeunes Français. On est toujours ensemble. Personne ne nous invite, mais je sais qu’il y a ici des réfugiés bien plus malheureux et je ne veux pas me plaindre. Et puis, je pense à ma famille qui est en Syrie. J’ai peur pour eux et honte d’être ici à l’abri. »

 

En Thaïlande…

« Je suis un être humain, je suis une enfant, donc je devrais connaitre mes droits, car je suis aussi migrant en situation irrégulière. C’est important dans cette région, car nous ne sommes pas traités comme des êtres humains ».

Le jeune Birman qui s’exprime ainsi vit en Thaïlande. Selon l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), il y aurait entre 3,5 et 4 millions de migrants dans ce pays, parmi ces derniers 3 millions de travailleurs, dont 76% de Birmans. Les migrants birmans sont victimes de nombreuses violations de droits, principalement dans le domaine du travail, de l’éducation, de la santé ou de la sécurité (non-respect du salaire minimum, renvoi des femmes enceintes, trafic d’enfants, difficulté d’accès à l’éducation, restriction des accès aux structures de santé, harcèlement policier…). Les jeunes et les enfants birmans sont particulièrement affectés par la situation de leurs familles et subissent des violations de droits directes : pires formes de travail, peu d’accès à l’éducation et à la santé, abus sexuels et violences.

Terre des Hommes France agit en partenariat avec l’organisation Foundation for Education and Development (FED) pour le respect des droits des migrants birmans en Thaïlande avec une attention particulière accordée aux jeunes et aux enfants à travers un projet visant à renforcer les capacités des jeunes afin de les accompagner à devenir promoteurs de leurs droits et des droits de leurs communautés. Ainsi, les enfants et les jeunes de la province de Mae Sot (au nord du pays) et de Phang Nga (au sud) acquièrent des connaissances en droits humains à travers des activités ludiques et créatives, comme le théâtre, la photo et la vidéo, et participent à l’organisation d’évènements communautaires lors de journées symboliques, comme la journée internationale des droits de l’enfant, afin de sensibiliser l’ensemble de la communauté.

 

Ces projets en France et à l‘international sont menés dans le cadre de la campagne internationale « Destination inconnue » , menée par la Fédération Internationale Terre des Hommes et visant à protéger les enfants en déplacement. Tous les partenaires unissent leurs forces pour développer des mécanismes de protection des enfants migrants et sensibiliser la population.

www.destination-unknown.org