La Guerre en Syrie est désormais plus longue que la Seconde Guerre Mondiale. Elle a jeté sur les routes des millions de familles et individus, mais également de nombreux enfants, voyageant souvent seuls après la perte de leur famille. Le rapport de onze organisations humanitaires, parmi lesquelles Terre des hommes Lausanne, présente un état des lieux inquiétant de la situation des enfants migrants et réfugiés non accompagnés dans les Balkans.

⇒ Depuis le début de l’année 2015, plus d’un million de personnes ont transité par la Grèce et la Bulgarie, en quête de sécurité et d’un avenir meilleur en Europe ;

⇒ Au moins un tiers des personnes qui arrivent en Europe sont des enfants ;

⇒ Parmi ces enfants, on compte 100 000 enfants non accompagnés ou séparés de leur famille.

Beaucoup espèrent dépasser les Balkans pour s’installer plus loin en Europe. Par peur d’être déportés ou forcés à rester dans le pays de l’enregistrement, ils évitent souvent d’être détectés par les autorités. Le nombre réel de mineurs non-accompagnés le long de la « route des Balkans » est donc probablement beaucoup plus élevé que les chiffres officiels.

Une génération d’enfants de la guerre

 

En réaction à la hausse du nombre de réfugiés et de migrants en Europe, certains pays de la région ont fermé leurs frontières. Au lieu de freiner la migration, ces efforts ont forcé les réfugiés, notamment les enfants non accompagnés, à prendre davantage de risques pour ne pas se faire intercepter et à emprunter des routes toujours plus dangereuses. Les enfants deviennent alors invisibles et complètement seuls. La nuit, Ils se réfugient dans des lieux isolés où ils sont exposés à des risques de violence, d’exploitation et aux trafics.

«Je ne peux pas leur dire que je vis dans des endroits pareils. Ils seraient tristes de le savoir. Alors je leur dis que nous vivons dans un endroit correct, que nous sommes bien installés.», Sajad, jeune migrant vivant dans un hangar.

Pour ceux qui choisissent de se faire enregistrer, ils sont souvent logés avec des adultes dans des centres de transits et d’asile surpeuplés. Pire encore, de nombreux enfants sont placés dans des centres d’accueil qui s’apparentent à des centres de détention. En République de Macédoine, on a ainsi reporté que sur les 438 personnes détenues en 2016, 25 étaient des enfants.

Pourtant, ces enfants ont des besoins criants d’assistance médicale, de soutien financier, matériel, et surtout de repos. Mais les services sociaux surmenés et sous-financés ainsi que les agences des gouvernements sont toujours incapables de s’occuper de manière appropriée de ces enfants.

Deux enfants syriens sur trois ont perdu un être cher, ont été bombardés hors de chez eux ou ont été blessés lors du conflit. Beaucoup ont vu des membres de leur famille mourir devant leurs yeux, ce qui cause de graves séquelles psychologiques : l’automutilation et les tentatives de suicide sont communes chez les enfants déplacés. Le « stress toxique », une forme de détresse émotionnelle sévère, peut limiter le développement de l’enfant et causer des maladies mentales et physiques jusqu’à l’âge adulte. Au-delà d’une « crise migratoire », ces six années de guerre en Syrie ont déclenché une crise aux proportions épiques : celle de la santé mentale d’une génération d’enfants de la guerre.

La guerre a également un impact considérable sur la scolarité des enfants, dont les conséquences dépasseront le temps de la guerre elle-même. Pour éviter que la guerre en Syrie créée une « génération perdue », les enfants syriens réfugiés et ceux vivant encore en Syrie doivent pouvoir reprendre une scolarité le plus vite possible.

→ A lire (anglais) : Empowering children to build Syria’s future, Fédération Internationale Terre des Hommes

Les enfants réfugiés et migrants seuls ont également un besoin impératif de soutien financier. Beaucoup ont dépensé l’intégralité de leurs ressources au cours de leur périple et se sont parfois endettés auprès des passeurs. Pour continuer leur voyage ou survivre, ils sont forcés de s’engager dans des travails dangereux, sont parfois exploités par les trafiquants ou passeurs et forcés à travailler pour eux.

Face à cette situation, les procédures juridiques transfrontalières et la coopération entre pays souffrent toujours de grands manques, ce qui empêche toute continuité des soins et de la protection des enfants. Au moment des évaluations, les enfants doivent ainsi raconter leurs histoires à chaque pays, et donc revivre ces expériences traumatisantes à chaque étape de leur périple. Pour surmonter la violence qu’ils ont vécue, les enfants ont besoin d’environnements sûrs et structurés et d’un suivi d’un pays à l’autre, par les gouvernements et les organisations.

«Nous ne faisons confiance à personne, absolument personne. Car personne ne nous donne des informations fiables.», Rafilah, originaire d’Afghanistan

Les pays européens doivent en finir avec le système de détentions des enfants réfugiés et leur offrir des alternatives de logements. Plutôt qu’essayer d’empêcher ces enfants d’arriver en Europe, les autorités doivent leur fournir un environnement où ils puissent se soigner, apprendre et s’épanouir à nouveau.

Terre des Hommes se mobilise

 

A travers la campagne Destination Inconnue les organisations Terre des Homme sensibilisent l’opinion publique aux enjeux de cette crise. Nous demandons à la Commission européenne et aux gouvernements de mieux respecter les droits des enfants mineurs non accompagnés, et d’accélérer le processus de révision des politiques qui les concernent. C’est par un engagement volontaire et renforcé des gouvernements et des organisations que ces enfants pourront surmonter l’horreur de la guerre.   

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Crédit photos : Miodrag Ćakić/InfoPark, Belgrade, Hiver 2016/17