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Après des négociations intenses, le gouvernement et les leaders du mouvement de protestation civique à Buenaventura sont parvenus le 6 juin à un accord final. Le gouvernement s’est notamment engagé à verser 465 millions d’euros et à la création d’un Fond Buenaventura.

Buenaventura est une des villes les plus pauvres de Colombie, 80% de ses habitants vivent sous le seuil de pauvreté, mais c’est aussi son port commercial le plus important. Un paradoxe devenu insupportable pour ses habitants, qui étaient descendus pour marcher pacifiquement dans les rues. 22 jours de grève plus tard, les leaders du mouvement et le gouvernement sont parvenus à un accord, fruit d’une réunion de 40 heures au cours de laquelle les points critiques à l’origine des manifestations ont été évoqués.

Le gouvernement national prévoit ainsi un investissement de près de 465 millions d’euros d’ici à la fin du mandat présidentiel de Juan Manuel Santos, en août 2018. Cette somme devrait être répartie dans des programmes de logement, de santé, d’emploi et de productivité, d’accès à l’eau, à l’énergie et à la justice. Si le contenu exact des programmes n’est pour l’instant pas connu, le gouvernement a assuré qu’il y aurait des améliorations significatives dans la qualité des soins de santé. En effet, Buenaventura n’a pour l’heure pas d’hôpital spécialisé. Le seul hôpital existant, l’Hospital Luis Ablanque, ne dispose pas de la capacité pour prendre en charge toute la population.

Parmi les promesses de l’accord figurent également un meilleur accès à l’éducation, à l’eau potable et une couverture d’assainissement de l’eau à 100%. Malgré la richesse hydrique que compte le port, l’eau n’arrive que de manière intermittente et le réseau d’assainissement ne couvre que 60% de la ville.

De son côté, le ministère de l’intérieur a annoncé qu’un projet de loi sera présenté en urgence au Congrès pour la création d’un plan de développement spécial de 10 ans, « qui bénéficie au district de Buenaventura avec l’exécution de projets, de programmes et d’initiatives, financées par un patrimoine autonome. »

De plus, il a été promis la mise en place du Fond Buenaventura, « qui permette que 50% de la valeur de l’impôt sur le revenu des entreprises dont l’activité est liée au port soit destiné à ce fond, et un crédit externe de 76 millions de dollars sera géré pour démarrer ce fond. », selon le Ministre de l’intérieur Guillermo Rivera.

Suite à cet accord, la vie économique et sociale à Buenaventura reprendra peu à peu. L’ordre a été donné de lever les barrages et de permettre le passage de véhicules, pour que reprenne le commerce et les activités portuaires.

Il faudra désormais rester vigilant sur l’application effective des engagements de l’accord et sur le contenu des programmes sociaux. Il est également nécessaire que la lumière soit faite sur les violences à l’encontre des manifestants suite à l’intervention de l’ESMAD, la brigade anti-émeutes, qui a entraîné de nombreuses victimes civiles et policières.

Un appel officiel à la vigilance est lancé par notre partenaire colombien Taller Abierto à Buenaventura :

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