Les habitants de la côte pacifique colombienne s’unissent pour réclamer haut et fort le respect de leurs droits. Une grève civique a été déclarée dans le département du Chocó et à Buenaventura, plus grande ville portuaire de la côte pacifique d’Amérique latine, et des manifestations réunissant plusieurs centaines de personnes se sont déroulées dans une ambiance solidaire et pacifique.

Mais les négociations avec le Gouvernement n’ont mené à aucun accord et la situation glisse désormais vers la violence. Les forces armées sont intervenues de manière très violente contre les manifestants pacifistes, ce que les habitants perçoivent comme la répression d’un mouvement citoyen légitime.

Buenaventura est une des villes les plus pauvres et dangereuses de Colombie. Zone refuge pour les victimes de déplacements forcés, sa localisation en fait un territoire propice aux activités illicites que se disputent les BACRIM qui contrôlent et terrorisent les quartiers. Aux côtés de l’organisation Taller Abierto, Terre des Hommes France lutte pour la défense des droits et la protection des populations autochtones et afro-colombiennes.

Danelly Estupiñan*, membre du Proceso de Comunidades Negras PCN – réseau d’organisations de lutte pour la défense des droits des communautés afro-colombiennes – nous livre un témoignage alarmant de la situation à l’heure actuelle :

 

« Je vous parle depuis Buenaventura, où nous lançons un appel à toutes les institutions internationales de défense des droits humains pour les prier d’intervenir dans la crise que nous vivons en ce moment. Face à la grève civique pour réclamer nos droits fondamentaux à l’eau potable, l’éducation, la santé, le logement et la justice, le gouvernement répond à la communauté de Buenaventura par la répression. 

Ce matin même ont eu lieu des attaques contre la population de La Delfina où vivent des communautés autochtones et afro-colombiennes. Ce point de rencontre a été la cible d’attaques au gaz lacrymogènes, blessant 8 enfants et gazant une grande majorité de la communauté. Mais les forces publiques ne se sont pas contentées de nous attaquer avec des gaz, elles ont aussi utilisé des armes à feu.

Il s’agissait d’une grève civique, pas d’un mouvement de 30 ou 50 personnes mais d’un véritable engagement de tout le peuple de Buenaventura. Ces attaques ont entraîné une réaction disproportionnée des habitants qui se sont armés pour pouvoir répondre à la violence des forces de l’ordre.

Nous lançons cet appel parce que nous constatons qu’il n’y a plus de volonté politique du gouvernement de sortir de cette situation, cherchant dorénavant une sortie par la répression. L’ONU comme que le ministère public ont épuisé toutes leurs capacités de médiation entre les forces de l’ordre et les communautés. Cette situation requiert une intervention urgente pour être résolue et que soit faite une réponse politique aux communautés et non une réponse répressive tel que c’est le cas à l’heure actuelle. Cela ne fait que créer plus de violences contre la population.

En ce moment on compte déjà trois jeunes disparus et de nombreux blessés, mais surtout toute une population qui reste dans l’attente. Face à ces attaques, la communauté a décidé de ne plus faire le dos rond mais de réagir également par la violence car la patience et le recours au dialogue ont été épuisés. »


* Danelly Estupiñan est membre de la Commission de Contrôle et de Vérification des Droits Humains de la grève civique de Buenaventura (Comision de Veeduría y Verificacion de Derechos Humanos del paro civico de Buenaventura), composée de Berenice Celeida, Alberto Bejarano, Danelly Estupiñan.

Crédits photos : El País