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Le 13 et 14 avril dernier, dans le cadre de sa campagne « Destination Inconnue », Terre des Hommes France, grâce au statut consultatif de la Fédération internationale TDH auprès de L’ONU, a répondu à l’appel du projet « Consultations Mondiales avec les Jeunes Réfugiés » lancé par l’UNHCR (l’agence des Nations unies s’occupant de la problématique des réfugiés) et du WRC (la Commission du statut des femmes réfugiées), en organisant une consultation auprès de jeunes réfugiés dans la ville de Schiltigheim, en Alsace.

Pourquoi ces consultations ?

Les jeunes réfugiés sont souvent délaissés par les activités et programmes organisés par les organisations humanitaires. Les jeunes ont des compétences, des capacités et des besoins qui sont rarement reconnus ou compris. Il est nécessaire de les inclure et de les entendre sur les défis auxquels ils font face, leurs visions pour l’avenir et sur le soutien dont ils ont besoin pour pouvoir façonner un avenir positif.

Que sont les Consultations Globales avec Jeunes Réfugiés ?

Les Consultations Mondiales avec les Jeunes Réfugiés (GRYC – Global Refugee Youth Consultations) ont été lancées à Genève en juillet 2015. Elles représentent une opportunité pour les jeunes réfugiés de discuter des questions qui les touchent avec les jeunes du pays hôte et des représentants des Nations Unies, des ONG internationales et d’autres organisations qui travaillent avec les jeunes dans le pays. Ce processus vise à placer les jeunes au centre de processus décisionnels qui les concernent et de reconnaître leur potentiel.

Les objectifs des ces consultations sont :

ο Créer des espaces structurés pour les jeunes réfugiés, pour qu’ils aient l’occasion de participer au dialogue avec d’autres jeunes et acteurs concernés ;
ο Améliorer l’accès des jeunes réfugiés à des alliances et réseaux locaux, nationaux, régionaux et mondiaux de la jeunesse ;
ο Encourager et appuyer les possibilités de participation, leadership et autonomisation pour les jeunes réfugiés ;
ο Consolider et canaliser l’apprentissage des consultations jusqu’à l’élaboration de directives et recommandations politiques pour les programmes incluant les jeunes, pour améliorer la compréhension de la part du secteur humanitaire, et travailler avec les jeunes réfugiés.

Retour sur la consultation de Schiltigheim …

 

Étalée sur deux jours, cette consultation a été menée par Anna Kurdova, juriste de profession et spécialiste des droits de l’enfant pour Terre des Hommes France, assistée de Caroline Newman, secrétaire générale de TdHF.

14 jeunes participants de 15 à 24 ans (lycéens en majorité) ont répondu présent à l’appel lancé par Terre des Hommes France sur ces deux jours. Les jeunes venant d’Arménie, Ukraine, Turquie, Azerbaïdjan, Russie, et Tchétchénie, les deux jours de consultation se sont déroulés dans une langue commune : le Russe.

L’objectif de ces deux jours a été de mettre en lumière et de décrypter les problématiques majeures rencontrées par les jeunes migrants en France, en utilisant le dessin comme moyen d’expression principal. Dans un second temps, les jeunes ont cherché des solutions concrètes afin d’améliorer les problématiques révélées.

Obtenir des papiers légaux, avoir un toit, un travail, se nourrir, se vêtir, posséder un compte en banque, avoir une éducation de qualité, connaître le système administratif français : autant d’exemples de problématiques prioritaires pour ces jeunes migrants qui ont, pour la majorité, quitté leur pays pour fuir la guerre et des systèmes politiques corrompus n’offrant aucun avenir pour la jeunesse.

Avant de chercher des solutions à ces problématiques, les jeunes ont identifié les obstacles et les difficultés de leurs situations actuelles : barrière de la langue ; faible revenu ; mal du pays ; solitude ; non reconnaissance de leurs diplômes et autres expériences professionnelles ; xénophobie ; difficulté d’adaptation à la culture locale ; manque d’informations administratives dans leur langue d’origine, longueur des procédures administratives, etc.

Ce premier travail a permis d’identifier cinq problématiques majeures : 

⇒ Obtenir des documents légaux ;

⇒ La barrière de la langue ;

⇒ Les moyens financiers ;

⇒ L’éducation ;

⇒ Le logement.

En fonction de ces cinq problématiques ils ont ensuite pu commencer à réfléchir à des solutions concrètes pour améliorer leurs conditions de vie au niveau national, régional et local.

Tous sont convaincus que la jeunesse à un rôle important à jouer pour améliorer l’intégration des populations migrantes à la société française, notamment grâce à une capacité d’adaptation et une marge de manœuvre plus importantes que celles des anciennes générations. Cependant, ils sont également conscients que ces initiatives doivent s’effectuer en incluant la société civile française si elles se veulent efficaces et pérennes. Le challenge le plus important reste l’image négative et stéréotypée des migrants que les médias continuent de véhiculer.

Quant il fut le temps d’aborder les solutions à apporter à leur échelle, les jeunes ont su exprimer de nombreuses idées concrètes et innovantes, notamment en se servant des outils informatiques et des moyens de communication actuels (réseaux sociaux) qu’ils maîtrisent déjà en majorité. Exemple d’une idée pertinent : la création d’un site internet multi-langues pour transmettre les procédures complexes de l’administration française, plateforme d’échange d’informations entre migrants sur des problématiques diverses et spécifiques et avec un accès facilité à la signature de pétitions.

D’autres solutions concrètes ont été discutées, ainsi que des propositions plus « originales ». Ainsi, un jeune s’est proposé de devenir bénévole dans l’administration française pour améliorer la rapidité de traitement des dossiers. Si cela fait sourire, cette proposition est symbolique car elle révèle une problématique majeure et souvent sous-estimée : la lenteur de traitement des dossiers qui paralyse et handicape sérieusement l’intégration de ces jeunes. En voici un exemple concret à travers le témoignage d’Artur, 20 ans :

« Cela fait 5 ans que je vis en France avec ma Famille et cette année je vais passer mon bac scientifique. Depuis 2 ans, j’attends la régularisation de mon dossier pour avoir un titre de séjour. À ce jour je n’ai même pas encore reçu le récépissé de mon dossier. Les conséquences sont importantes pour moi : l’année prochaine je veux passer en Fac de droit et pour la demande de bourse j’ai besoin d’avoir un compte bancaire. Or sans titre de séjour je ne peux pas ouvrir de compte bancaire et donc je ne peux pas faire mes demandes de bourse. » Artur, 20 ans, Arménien. 
 

Au cours de ces deux jours, nous avons pu constater que ces jeunes sont conscients qu’ils ont un rôle clé à jouer en s’impliquant dans les différents processus de décision, pour pouvoir réaliser des projets concrets améliorant les conditions de vie des migrants, et prenant véritablement en compte leurs considérations.

Pour conclure, nous sommes convaincus de l’importance de ce type de consultation car elles offrent un espace neutre de dialogue et d’expression pour ces jeunes migrants. Un suivi concret de ce genre d’initiatives est bien évidemment primordial pour permettre la réalisation des idées de projet qui en résultent. Il faut donner les moyens à cette jeunesse qui souhaite dépasser les clivages et les stéréotypes en devenant actrice d’un changement de mentalité avec pour objectif leur intégration durable dans la société. 


Cette consultation a été financée par le fonds de OAK à la Fédération internationale Terre des Hommes dans le cadre de la campagne Destination Unknown.