Autrefois un foyer pour 8.000 réfugiés et migrants qui vivaient alors dans des conditions inhumaines, Calais est encore une fois décrite comme une zone de violation de droits humains. Une étude indépendante menée par Refugees Rights Data Project (RRDP) a dévoilé récemment une situation alarmante pour les enfants et des jeunes déplacés vivant à et autour de Calais.

Malgré des conditions de vie dramatiques, Calais continue d’être une ville de transit pour tous ceux en recherche d’un meilleur futur au Royaume-Uni. Six mois après que le camp dit de « La Jungle » ait été démantelé, près de 400 personnes vivent encore dans la région – la moitié d’entre eux sont des enfants.

Comme il n’y a aucun centre d’accueil adapté dans la ville, ils dorment dans les rues. Ils ont un accès limité aux services médicaux, et sont victimes de violences soit de la part de la police, soit d’habitants.

Cette situation met particulièrement en péril la sécurité des enfants. Vulnérables et livrés à eux-mêmes, la grande majorité de ces enfants sont seuls et se retrouvent à la merci de la violence, du trafic et de l’exploitation.

Les autorités semblent déterminées à conduire les réfugiés et migrants, y compris les enfants, hors de Calais. Sur les 86 enfants interviewés par le RRDP, plus de 95% ont connu des épisodes d’abus policiers violents – utilisant notamment des tasers, du gaz lacrymogène et des matraques. Plus des trois quarts des enfants interviewés avaient déjà été détenus ou arrêtés dans la région.

« Des policiers m’ont couru après, m’ont battu avec une matraque et m’ont pulvérisé du gaz lacrymogène sur le visage. Je ne m’attendais pas à ce que cela arrive dans un pays comme la France », confie un garçon éthiopien de 14 ans.

Un garçon de 16 ans d’Érythrée ajoute :

« Il m’ont envoyé une décharge électrique. Ça s’est passé dans le port de Calais parce qu’ils fouillaient la zone ».

La police n’est pas la seule à constituer une menace pour la sécurité de ces enfants. Le rapport du RRDP montre que plus de la moitié des enfants interrogés ont subi de la violence de la part des habitants – poursuivis et même percutés par des voitures, battus ou arrosés de gaz au poivre.

Un jeune Soudanais de 23 ans a perdu l’usage de son œil gauche après avoir été attaqué par un groupe d’habitants armés de bouteilles en verre, et a dû attendre 5 semaines pour recevoir une assistance médicale. Un autre raconte qu’une voiture a intentionnellement écrasé un garçon et lui a cassé l’épaule, avant de fuir.

Sans surprise, la moitié des mineurs interviewés se sentent en danger en France.

Alors qu’ils sont victimes de ces abus, près de deux enfants sur cinq rapportent avoir des membres de leur famille au Royaume-Uni – preuve qu’ils pourraient être éligible à la réunification familiale en vertu du système d’asile de l’Union européenne.

Mais la majorité n’en a à ce jour pas bénéficié. Ceux qui en ont fait la demande ont vu leur demande rejetée et donc privés de leur droit légal à une vie de famille, ou sont en attente d’une décision du Royaume-Uni.

Trop souvent, ces enfants ont été abandonnés alors qu’ils en avaient le plus besoin. Ils ont déjà affrontés des difficultés énormes pour atteindre le Royaume-Uni, et pourtant le gouvernement britannique n’a accepté cette année aucun enfant sous l’Amendement de Dublin.

Mettant la lumière sur un environnement de plus en plus hostile pour les enfants à Calais, et le manque de routes légales pour demander l’asile au Royaume-Uni, ce rapport profondément troublant montrant que trop d’enfants vulnérables font encore face à un risque élevé d’agression.

Beaucoup plus peut être fait pour protéger ces enfants. Il est plus que temps que les gouvernements français et britannique cessent de se renvoyer la balle et commencent à fournir la protection et l’attention nécessaires aux individus parmi les plus vulnérables en Europe.

Terre des Hommes France est associée à la campagne internationale Destination inconnue, qui vise à protéger les enfants « en déplacement » qui quittent leur famille, leur pays dans l’espoir de trouver ailleurs un avenir, une vie meilleurs.

Lire le rapport complet ici