ATAKPAMELe marché, où nous rencontrons une femme productrice de savon de Démadéli, qui nous explique que les femmes du village se relaient chaque jour pour venir vendre leurs productions mais sans pouvoir en tirer des revenus satisfaisants.

Au Togo, dans le village de Démadéli, région des Plateaux, la production et la vente de savon sont des activités traditionnelles et familiales. Cependant depuis plusieurs mois, les ventes ont beaucoup baissé et la production a fortement ralenti. L’organisation Action Sud, partenaire de Terre des Hommes France, accompagne la population du village pour relancer cette activité vitale. À Démadéli, il fut un temps où le savon était rentable. Principalement l’œuvre des femmes, la fabrication du « Cocobé », à base de cabosse de cacao et d’huile, est artisanale. Aujourd’hui, si l’économie du village repose encore, en partie, sur la vente du savon, le produit s’écoule difficilement. La vente en gros se fait de moins en moins et le marché a chuté.

Pour Julienne Gbetonou, présidente des productrices de savon de Demadeli :

On vendra 25 000 francs CFA un bidon de savon, alors qu’avant c’était 35 000 ou 45 000 francs CFA. Avant quand on vendait en gros, on avait des revenus suffisants, maintenant non. Alors pour compléter les revenus on va cultiver les champs.

Pour le directeur exécutif d’Action Sud, les villageois doivent retrouver une dynamique de vente :

La question essentielle est de les aider à trouver une filière d’écoulement des stocks, vendre en gros ou au détail, en faisant du savon un produit attractif et touristique.

Sortir du lot

Si pendant un temps le savon de Démadéli s’est vendu jusqu’à Lomé, la capitale (à environ 160 km), il n’est pas encore bien connu du grand public et des marchés régionaux proposent d’autres alternatives similaires au « Cocobé ». Dans le cadre du projet mené par Action Sud, un processus d’étude et de recherche de marchés pour le savon a commencé en mai 2014. Des rencontres avec des femmes venues du Bénin ont eu lieu au marché d’Anié, situé à 30 km au nord d’Atakpamé, mais il s’est avéré qu’elles n’achetaient pas de grandes quantités, 15 kg par personne seulement. Les productrices de Démadéli devront trouver d’autres créneaux pour la vente en gros. À Lomé, trois jeunes femmes volontaires ont distribué des échantillons du savon pour tester le marché de la capitale. Résultat : un produit peu connu du public et presque semblable au « Lagosdi » un savon du Nigeria. À défaut d’être très connu, le savon de Demadeli a tout de même été apprécié par ceux qui l’ont testé. La conquête du marché de Lomé, qui pourrait donner lieu à des contrats avec des grossistes ou des semi-grossistes, paraît intéressante pour les femmes du village.

L’association Cocobé

En attendant de meilleures retombées économiques, un groupe d’une trentaine de femmes a été constitué dans la perceptive de relancer la production. Des séances de réflexion sur l’organisation de l’association, la production et la vente du savon ont permis de planifier de futurs micro-projets : la construction d’un hangar comme lieu de production, l’amélioration des techniques de filtrage (le dispositif actuel est rudimentaire voire dangereux), la construction d’un magasin de stockage pour les intrants (cendre et huile) et pour le savon, l’aménagement de trois nouveaux points de vente dans la ville d’Atakpamé. Un comité de gestion comprenant la présidente de production, une trésorière, un gérant de la future coopérative et un représentant d’Action Sud a également été créé. Les initiatives sont donc nombreuses et l’ensemble des participants s’investit pour relancer une activité qui se transmet de génération en génération.

Julienne Gbetonou : 

La production de savon, c’est une tradition familiale. Aujourd’hui mon fils est en terminale, ma fille est mariée et vit au village. Elle sait produire le savon et poursuivra la tradition, mais pour elle j’aimerais que l’on puisse trouver des débouchés commerciaux et que cela redevienne une activité économique digne.

Grâce à l’accompagnement d’Action Sud, les initiatives de développement se multiplient dans le village pour qu’à terme, les productrices de savon puissent relancer le marché en toute autonomie et améliorer leurs conditions de vie. En parallèle de l’activité économique, c’est également toute une dynamique de participation citoyenne des villageois qui est lancée pour que chacun puisse participer au développement de la localité.