rse

Terre des Hommes France, en collaboration avec le Collectif Éthique sur l’étiquette et le Forum citoyen pour la RSE, interpelle les décideurs politiques face aux nombreuses dérives des entreprises multinationales. Pour Terre des Hommes France, la responsabilité sociale des entreprises n’est pas seulement l’affaire de ces sociétés, l’État doit aussi y jouer un rôle.

Les dérives des multinationales

« 1 138 morts, est-ce trop peu pour une loi ? » La question posée par plusieurs ONG françaises lors de la manifestation du 24 avril 2014 à Paris Bercy, résonne encore fortement un peu plus d’un an après l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh qui a fait aussi plus de 2 000 blessés. Ce drame, une des pires catastrophes industrielles du Bangladesh, a relancé le débat sur la responsabilité des entreprises multinationales (H&M, Gap, Auchan…), moteur de l’activité du textile dans le pays. Au Bangladesh comme en Inde, les conditions déplorables dans lesquelles travaillent les milliers d’ouvriers de ce secteur ne peuvent plus faire effet de surprise. Les cas de violation des droits humains ont été largement diffusés. En Inde, quelques mois avant le drame du Rana Plaza, des ouvriers de Bangalore s’élevaient déjà contre leurs conditions de travail devant un tribunal populaire organisé par le réseau Fedina. Au Pérou, l’extraction pétrolière intensive a totalement ravagé les territoires des populations autochtones dans le bassin de l’Amazonie. Aujourd’hui, le silence et le déni des grandes entreprises continuent, alors que les drames – Rana Plaza, Bhopal (1984), Erika (1999)… – se répètent au fil de la mondialisation. S’il est vrai que le secteur privé peut être moteur de croissance économique et sociale, les pratiques actuelles des entreprises multinationales montrent qu’elles ont surtout de graves conséquences sur l’environnement et les droits humains.

Affaire d’État

Aussi « tendance » que l’éthique et le bio, la responsabilité sociale des entreprises fait aujourd’hui beaucoup parler d’elle. Considérée comme le moyen d’améliorer les pratiques des entreprises sur le terrain, elle est reprise aussi bien dans les discours de celles-ci que dans ceux des États. Pour autant, est-elle bien comprise ? Le concept de la RSE renvoie au rôle de l’entreprise à l’égard de ses parties prenantes (salariés, actionnaires, fournisseurs, clients) et à sa responsabilité envers la société dans son ensemble (environnement, territoires, consommateurs, santé publique…). Au vu des nombreux drames passés, la seule évocation de la responsabilité sociale des entreprises ne semble pas suffire pour garantir le respect des droits des populations et de l’environnement. Et si le responsable n’était pas seulement celui qui fait mais aussi celui qui laisse faire ? Pour Anaïs Saint-Gal, chargée de plaidoyer à Terre des Hommes France,

« Il revient aux États, en tant que représentants des populations et protecteurs du respect effectif de leurs droits, d’adopter des dispositifs contraignants et de garantir des voies de recours en cas de violation ».

Dans ce sens, plusieurs ONG soutiennent la proposition de loi sur le « Devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordres », déposée par quatre groupes parlementaire à l’Assemblée nationale. En réaction à cette proposition, le gouvernement s’est dit « prêt à avancer », pourtant aucune loi, aujourd’hui, ne sanctionne ni ne régule les pratiques des grandes entreprises. La loi d’orientation et de programmation relative à la politique de développement et de solidarité internationale (LOP) adoptée en juin 2014, fait peu référence à la responsabilité sociale des entreprises. Elle fixe de grandes lignes sans imposer de comportement ferme aux entreprises. En d’autres termes, les multinationales sont libres d’agir en toute impunité.

Un engagement

Pour Terre des Hommes France, la responsabilité sociale des entreprises multinationales est une condition indispensable au respect, à la protection et à la mise en œuvre des droits humains. Elle travaille en étroite collaboration avec deux associations : le Forum citoyen pour la RSE, qui met en place des actions de plaidoyer auprès des pouvoirs publics, et le Collectif Éthique sur l’étiquette, qui agit en faveur du respect des droits humains au travail et de la reconnaissance du droit à l’information des consommateurs sur la qualité sociale de leurs achats. Certains membres des délégations de Terre des Hommes France participent activement aux campagnes du Collectif. L’objectif est de souligner et d’insister sur l’obligation des États de protéger les droits humains.