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San Francisco el Alto est une municipalité juchée à 2 610 mètres d’altitude, dans la région du Haut plateau occidental du Guatemala. Ses 70 000 habitants, à plus de 99 % Mayas de langue Quiché, se répartissent sur 13 communautés, pour la plupart en zone rurale. La principale économie de la ville est la production textile individuelle et son marché, trois matinées par semaine, qui occupe toutes les rues du centre-ville. Près de 64 % de la population vit en situation de pauvreté avec moins de deux dollars par jour et 12 % avec moins d’un dollar. Beaucoup d’enfants commencent à travailler vers 12 ans pour contribuer au revenu des familles.

Dans ce contexte, le machisme, la dépendance économique des femmes vis-à-vis de leur mari, l’analphabétisme et le manque d’éducation, les conditions précaires de santé et de logement, le coût élevé de la vie favorisent les violences et les discriminations contre les femmes.

2014 a ainsi vu 276 cas de violences intrafamiliales et 271 cas de violences contre les femmes signalés à San Francisco el Alto. « Il y a beaucoup de cas de dénonciation à la police nationale et au sein du bureau municipal des femmes, nous assistons beaucoup de femmes victimes et cette situation nous préoccupe », souligne Zonia Maria Tzul, coordinatrice du bureau municipal des femmes. « Si une femme est violentée, les enfants ne vont plus à l’école et cela impacte toute la population ».

Une autre inquiétude se porte sur les 25 cas de grossesses précoces signalés en 2014 chez des fillettes et des adolescentes de 10 à 19 ans, dont deux sont mortes en accouchant. M. Vicente Paxtor Huinac, conseiller municipal, précise « Ces 25 cas ne sont malheureusement pas le nombre global car il y a aussi beaucoup de cas de viols qui ne sont pas reportés et ce sont des enfants sans défense ». Viols, incestes et manque d’éducation des parents et des jeunes expliquent ce phénomène, pourtant rare dans les années 80. M. le maire, Diego Israël Gonzales, ajoute « Nous sommes soumis à des pressions pour marier des mineurs, ce que nous n’avons pas légalement le droit de faire ».

C’est face à ce constat et grâce à l’accompagnement du programme mené par le Mouvement Tzuk Kim Pop et Terre des Hommes France qu’une politique municipale de développement intégral des femmes 2015-2025 a été élaborée de manière participative. Elle a été adoptée par le conseil municipal le 23 mars 2015 et présentée publiquement le 7 avril devant 130 personnes.

Vicente Paxtor Huinac nous explique : « Le machisme est très fort ici comme au niveau national et même mondial, et je crois que cette politique est très importante. Grâce à l’appui du maire, nous avons réussi à la faire passer. Souvent les hommes questionnent, critiquent et n’appuient pas les femmes. J’ai pris la responsabilité de cette commission des femmes car le premier conseiller ne participait pas beaucoup et je crois pourtant qu’elle est essentielle. Je pense que les femmes sont très importantes car sans elles, nous ne sommes rien».

Renforcement institutionnel, développement économique et productif, éducation, santé avec une pertinence culturelle, prévention de la violence contre les femmes, participation sociale et politique sont les six axes de cette politique prometteuse sur les dix prochaines années. Commence désormais la phase de mise en œuvre et la municipalité a déjà débloqué 25 000 quetzales de budget (environ 3 150 euros).

« Moi, j’ai eu un bébé à 15 ans et personne ne m’avait rien expliqué. Je pense que l’éducation sexuelle des jeunes est très importante et en tant que nouvelle Présidente de la commission des femmes, je veux m’engager pour cette politique ». À 22 ans, cette jeune femme a déjà trois enfants.

Il reste toutefois du chemin à parcourir : lors de la présentation publique, les maires des communautés se sont tous levés et ont quitté la salle. Actuellement, les femmes sont absentes des espaces de décisions, que ce soit au niveau communautaire ou municipal, et les hommes ne voient pas l’intérêt ni la nécessité de les soutenir. M. le maire affirme que lui souhaite donner l’exemple lors des élections de septembre et intégrer des femmes dans son conseil municipal, s’il est réélu. Il envisage aussi de développer d’autres politiques municipales, pour les enfants, les adolescents et les personnes âgées et sur l’éducation.

« Une femme a une opinion, des idées, elle peut parler mais on ne lui en donne pas l’opportunité », déclarait en 2013 Dominga Vásquez, du bureau départemental de défense de la femme autochtone.

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Ce projet est co-financé par l’Agence Française de Développement.